Donation, succession : comment aider ses petits-enfants ?
Du simple cadeau à la donation-partage transgénérationnelle, plusieurs outils permettent aux grands-parents d’aider financièrement leurs petits-enfants sans en limitant la facture fiscale.
Les petits-enfants n’héritent pas automatiquement de leurs grands-parents, sauf par représentation de leur mère ou père prédécédé. Les grands-parents disposent néanmoins de diverses solutions en matière de donations et de legs pour, par exemple, les aider à démarrer dans la vie.
Présents d'usage et dons de sommes d'argent : profiter pleinement de la franchise d’impôt
À l'occasion d'un événement (anniversaire, Noël, réussite à un examen, etc.), les grands-parents peuvent donner un cadeau de valeur (bijou ou autre objet, somme d'argent, etc.) à leurs petits-enfants sans que l'opération n'ait besoin d'être déclarée. Le présent doit être, par définition, bien conforme à un usage et sa valeur doit être, au moment où il est consenti, en adéquation avec le niveau de vie ou les ressources de celui qui gratifie. Dès lors que le cadeau reste donc mesuré, celui-ci, sur le plan fiscal, n'est pas soumis aux droits de donation. Sur le plan du droit civil, l'opération est irrévocable et elle ne sera pas prise en compte lors du règlement de la succession du donateur.
Au-delà du présent d'usage, tout don manuel – donation d'une somme d'argent ou d'un objet de la main à la main – est normalement soumis aux droits de donation. Pour éviter toute déconvenue, le don manuel peut être formalisé, par le biais d'un acte sous signature privée ou d'un acte notarié ou d'un simple enregistrement auprès de l'administration fiscale.
Les dons de sommes d'argent consentis à des petits-enfants ou arrière-petits-enfants bénéficient d'une exonération spécifique de droits fiscaux dans la limite de 31 865 € à la double condition que le donateur ait, à la date de la donation, moins de 80 ans et que le bénéficiaire soit majeur ou mineur émancipé. Ces dons défiscalisés peuvent être effectués tous les 15 ans.
Actuellement, les grands-parents peuvent aussi effectuer un don d’une somme d’argent en faveur d’un petit-enfant pour qu’il puisse acquérir sa résidence principale. Il n’y a pas de condition d’âge ici et le cadeau est plafonné à 100 000 € en franchise d’impôt. En outre, l’abattement peut se cumuler notamment avec l’abattement précédent. Le dispositif est ouvert, pour le moment, jusqu’à la fin de l’année 2026.
Formaliser une donation
Un grand-parent qui souhaite léguer une partie de son patrimoine à un petit-enfant peut opter pour une donation classique, formalisée, sauf exception, par-devant notaire. Dans ce cas, la donation bénéficie, pour le calcul des droits fiscaux, d'un abattement fixé à 31 865 €. Dans le cas d'une donation consentie à un arrière-petit-enfant, l'abattement est de seulement 5 310 €. L'un ou l'autre de ces deux abattements s'applique, le cas échéant, quel que soit l'âge du donateur et la forme de la donation.
|
Bon à savoir |
|
Si les grands-parents donnent un bien commun à leur petit-enfant, ce dernier bénéficie d’un double abattement, soit un total de 63 730 € (10 620 € dans le cas d'un arrière-petit-enfant). |
Il est intéressant de noter que l’abattement peut se cumuler avec l'exonération des dons familiaux de sommes d'argent vue précédemment, ce qui permet d’augmenter la somme transmise sans avoir à payer de droits fiscaux. Il peut aussi se cumuler, le cas échéant, avec l’abattement de 100 000 € dont bénéficient les petits-enfants venant en représentation de leur père ou mère, ainsi qu'avec celui prévu en faveur des handicapés.
Précisons toutefois que la donation est soumise à la règle du rappel fiscal. Autrement dit, l’abattement pleinement utilisé une fois vaut pour 15 ans avant de pouvoir procéder à une autre donation en franchise d’impôt.
Ces donations peuvent être assorties de clauses spécifiques (interdiction de vendre, indisponibilité du bien avant que le petit-enfant ait atteint un certain âge, utilisation encadrée d'une somme d'argent, etc.).
|
Rappel |
|
Les abattements fiscaux applicables aux transmissions entre grands-parents et petits-enfants sont les suivants : · dons familiaux de sommes d'argent : 31 865 € (100 000 € pour le dispositif particulier temporaire en vue d’acquérir la résidence principale), · dons manuels et autres donations : 31 865 € (arrière-petit-enfant : 5 310 €), · succession (dévolution légale ou legs simple) : 1 594 €. Le cas échéant, s'ajoute à l'abattement personnel, tant au regard des droits de succession que des droits de donation, l'abattement en faveur des handicapés, quel que soit le lien de parenté entre la personne handicapée et le défunt ou le donateur : 159 325 €. |
Donation ou legs au-delà de la quotité disponible : c’est possible, mais…
Effectuer une donation ou prévoir un legs à un petit-enfant est possible. Toutefois, le grand-parent doit veiller à ce que l'opération ne porte pas atteinte à la part due aux héritiers réservataires, en pratique le parent des petits-enfants et ses éventuels frères et sœurs. Si tel est le cas, les parents seraient autorisés à demander une indemnité à leurs propres enfants par le biais d'une action en réduction. Pour pallier le problème, le grand-parent peut demander à son ou ses enfants de renoncer par avance à leur action en réduction. Autorisé par la loi, ce "pacte successoral" doit faire l'objet d'un acte notarié qui mentionne précisément les conséquences juridiques futures pour le renonçant.
|
Bon à savoir |
|
Un parent peut aussi renoncer à la succession de son père ou de sa mère afin de favoriser son ou ses propres enfants. Dans ce cas, l'abattement de 100 000 € auquel il aurait eu droit est partagé, le cas échéant, entre les petits-enfants. |
La donation-partage
Les petits-enfants – tous ou certains d'entre eux – peuvent bénéficier d’une donation-partage effectuée par les grands-parents de leur vivant, avec l’accord de leurs parents. L'enfant du donateur qui renonce à ses droits au profit de ses propres enfants doit, en effet, donner son accord dans l'acte de donation-partage. Dans le même ordre d'idée, les grands-parents peuvent faire des donations-partages transgénérationnelles, associant des descendants de générations différentes, y compris s’ils n’ont qu’un seul enfant. Par exemple, un donateur peut consentir une donation-partage entre son fils unique et les enfants de ce dernier (ses petits-enfants).
Les donations ou legs successifs
Ici, donations ou legs peuvent être effectués avec des conditions ou des charges particulières :
· la donation graduelle ou le legs graduel par testament prévoit que le donataire ou le légataire devra obligatoirement conserver le bien donné afin de le transmettre, à son décès, à une seconde personne préalablement désignée ;
· avec une donation ou un legs résiduel, le premier bénéficiaire n’est tenu de transmettre au deuxième bénéficiaire que ce qu’il restera à son décès du bien qui lui a été transmis.
Les grands-parents peuvent ainsi donner ou léguer tout ou partie de leurs biens à leurs enfants, à charge pour eux de les rendre à leurs propres enfants. Deux catégories de bénéficiaires sont alors successivement désignées : les enfants, puis les petits-enfants.
Lors de la transmission au second gratifié, les droits fiscaux sont calculés en fonction du lien de parenté entre ce dernier et le donateur initial, et non en fonction de son lien de parenté avec le premier gratifié. Les droits fiscaux acquittés par le premier gratifié s'imputent sur les droits dus par le second gratifié. L'opération peut se révéler très intéressante sur le plan fiscal lorsqu'elle vise, par exemple, un premier legs graduel ou résiduel consenti, dans un premier temps, à un enfant sans descendance, puis transmis dans un second temps à un neveu ou une nièce de cet enfant. Le petit-enfant ainsi gratifié échappe au tarif élevé des droits de succession appliqué aux parents jusqu'au 4e degré (55 % après abattement de 7 967 €).
|
Exemple d’une libéralité graduelle |
|
Par le biais d’une donation, M. Durand, âgé de 60 ans, transmet à son fils aîné Jean une maison d’une valeur de 300 000 €. L'acte de donation précise qu’au décès de Jean la maison reviendra à Sophie, sa fille cadette. Taxation de la donation : · part taxable : 300 000 € · abattement : 100 000 € · net taxable : 200 000 € · droits dus : 38 195 € Taxation de la succession en faveur de Bernadette au décès de Jean. La maison a pris un peu de valeur et sa valeur est portée à 450 000 € : · part taxable : 450 000 € · abattement applicable : 100 000 € · net taxable : 350 000 € · droits dus : 68 195 € · droits dus par Sophie après imputation des droits dus lors de la première transmission : (68 195 € - 38 195 €) = 30 000 € |
© Lefebvre Dalloz